Fascisme serbe au XXe siècle - Continuité d'un esprit politique

Il est écrit: Ethem Ceku
La récente déclaration du Ministre serbe, Sne propana Panovovic, qui a déclaré que s'il avait été à la place de Slobodan Milosevic en 1998, il aurait procédé au nettoyage ethnique des Albanais du Kosovo, il ne pouvait être considéré comme un crayon politique ni comme une réaction immédiate. C'est l'expression d'une culture politique qui n'a pas encore été coupée de son passé. Essentiellement, cette déclaration reflète la poursuite d'une idéologie qui a vu la violence, l'expulsion et le nettoyage ethnique comme des moyens légitimes de réaliser les objectifs de l'État.
Pour l'historien, cette rhétorique n'est pas une surprise. Elle fait écho à une tradition politique qui a survécu pendant plus d'un siècle. À divers moments historiques, le nationalisme serbe a conçu l'homogénisme ethnique, non pas comme une conséquence de la guerre, mais comme une condition préalable à la construction de l'État national. C'est ici que la distinction entre une politique d'État commune et une idéologie qui transforme le nettoyage ethnique en un instrument du projet national.
Les débuts de cette politique ont clairement surgi pendant la crise orientale (18771878), lorsque, à la suite de l'invasion de Sandzak Nis, Toplica, Prokupla, Vranje et Kursumlia, des dizaines de milliers d'Albanais musulmans et turcs ont été expulsés de leurs terres. Des rapports consulaires britanniques, des rapports austro-hongrois et ottomans documentent les incendies d'établissements, les saisies de biens et l'expulsion systématique de la population albanaise, témoignant que la violence n'a pas été épisodique mais fait partie d'un projet politique conscient.
La même philosophie fut répétée après les guerres balkaniques de 19121913. Des massacres, des déportations et une colonisation organisée par l'État ont été perpétrés dans des territoires occupés par le Royaume de Serbie. Les documents diplomatiques européens, le rapport de la Commission Carnegie (1914) et les documents ottomans témoignent que la violence contre les Albanais n'est pas seulement une conséquence de la guerre, mais aussi une partie d'une politique organisée visant à changer la structure ethnique du Kosovo et d'autres régions albanaises.
En 1918,1941, le Royaume de Yougoslavie institutionnalisa cette politique par la réforme agraire, la colonisation du Kosovo et les efforts visant à déplacer les Albanais vers la Turquie. Les projets d'État et les négociations yougoslaves-turques visaient à éliminer des centaines de milliers d'Albanais, alors que la Convention de 1938 était l'effort le plus concret pour atteindre cet objectif, même si elle n'est jamais entrée en vigueur.
Après la Seconde Guerre mondiale, le régime communiste yougoslave n'a pas interrompu cette logique politique. En particulier pendant la période d'Aleksandar Rankoviq (194566), les Albanais ont fait l'objet de pressions systématiques, d'arrestations, de saisies et de pressions continues qui ont déclenché des migrations vers la Turquie et les pays d'Europe occidentale. La libéralisation partielle après 1966 est le résultat des crises internes de la fédération yougoslave, plutôt que d'une révision morale de la politique à l'égard des Albanais.
À la fin du XXe siècle, le régime de Slobodan Milosevic a rétabli le nettoyage ethnique comme instrument de la politique de l'État. Pendant la guerre au Kosovo (1998-1999), plus de 800 000 Albanais ont été expulsés de force de leurs maisons et des milliers de civils ont été tués. Ce n'était pas seulement une stratégie militaire, mais la tentative ultime de résoudre violemment ce que la politique serbe, depuis des décennies, appelait l'Albanais “44x1>.
Ces développements ne peuvent être compris sans même analyser la dimension idéologique du nationalisme serbe. Dans ce contexte, l'Académie serbe des sciences et des arts représente, depuis des décennies, l'un des centres les plus importants pour la formation de discours nationalistes sur la question albanaise. La figure, comme Jovan Cvijić, Ivo Andric et Vaso oubrilović, ainsi que des cercles spécifiques de l'Académie serbe, ont conçu et promu l'idée de résoudre la question albanaise par la déportation des Albanais, la colonisation de leurs terres et l'évolution des structures ethniques. En ce sens, l'académie n'est pas restée une seule institution scientifique, mais elle est devenue un laboratoire idéologique, où des concepts qui se sont matérialisés plus tard dans la politique d'État ont été formulés.
Par conséquent, la déclaration du ministre serbe ne doit pas être considérée comme un incident isolé, mais comme une preuve que l'ombre du passé continue de peser sur l'opinion politique serbe. Les sociétés démocratiques construisent l'avenir en reconnaissant les crimes passés; l'idéologie nationaliste tente de construire l'avenir en les justifiant. Comme le nettoyage ethnique continue d'être relatable ou cloné par des représentants de l'État, le problème n'est pas seulement une déclaration politique, mais la survie d'une philosophie qui n'a pas encore été libérée de la conviction que la violence peut servir d'instrument de l'histoire. C'est ce qui rend la déclaration du ministre serbe non pas une déviation individuelle, mais un reflet inquiétant de la poursuite d'un esprit politique, dont les Balkans ont payé des centaines de milliers de vies.











