Mythe serbe sur la bataille du Kosovo (1389) et son instrumentalisation par rapport à la question albanaise

Mythe serbe sur la bataille du Kosovo (1389) et son instrumentalisation par rapport à la question albanaise

Il est écrit: Ethem Ceku

La bataille du Kosovo du 28 juin 1389 représente l'un des événements les plus importants de l'histoire médiévale dans les Balkans.

Avec le temps, cependant, il a cessé d'être seulement un événement historique et est devenu le fondement d'un mythe politique, qui a profondément influencé la formation de l'identité nationale serbe et la construction des revendications territoriales de l'État serbe sur le Kosovo. Dans ce processus, un événement du Moyen Âge a été révisé et instrumentalisé pour créer l'idée d'une continuation historique entre l'État serbe médiéval et les objectifs politiques de la Serbie moderne.


La construction de ce mythe a été particulièrement façonnée au XIXe siècle, en termes de romance européenne et de Renaissance nationale serbe. Par le système de la tradition orale et le soi-disant “Cikli du Kosovo”, la figure du prince Lazar est devenue un symbole du sacrifice national, tandis que la bataille du Kosovo a été interprétée comme un acte héroïque pour la protection du christianisme et de l'État serbe. Ces récits sont importants pour l'étude de la mémoire collective serbe et de la culture politique, mais ils ne peuvent pas être identifiés avec le fait historique, car ils représentent une construction idéologique de périodes ultérieures et non pas un reflet direct des sources contemporaines de 1389.


Une partie importante de l'histoire internationale contemporaine a remis en question l'interprétation traditionnelle serbe de la bataille du Kosovo et son utilisation comme base de revendications historiques et territoriales. Des chercheurs tels que Noel Malcolm, John V. A. Fine Jr., Thomas A. Emmert, Maria Todorova et Ivo Banac ont fait valoir que bon nombre des éléments composant le soi-disant “du Kosovo” sont le résultat d'un processus ultérieur de construction de l'identité nationale serbe plutôt que de preuves directes des sources de 1389. Des sources contemporaines ottomanes, racistes, byzantines et occidentales témoignent que la bataille n'est pas un conflit exclusivement serbe-serbe, mais une confrontation à laquelle participent diverses formations politiques et militaires des Balkans, y compris des nobles albanais, bosniaques et vlaques. En conséquence, son interprétation en tant que symbole exclusif de l'histoire nationale serbe ne repose pas entièrement sur les preuves historiques du temps.


Cette interprétation historique a été étroitement associée aux projets politiques de l'État serbe au cours du XXe siècle. Le document de programme Narcetania (1844), rédigé par Ilija Garašani, a considéré l'expansion territoriale de la Serbie au sud comme un objectif stratégique de l'État. Dans ce contexte, le mythe de la bataille du Kosovo a été transformé en un des piliers idéologiques pour légitimer les revendications contre le Kosovo et d'autres pays albanais, exerçant une influence directe sur l'histoire officielle, sur le discours politique et sur les programmes de l'État serbe au cours des XIXe et XXe siècles. L'histoire, dans ce cas, a servi non seulement à interpréter le passé, mais aussi à justifier les objectifs politiques et géostratégiques de l'État serbe.


Dans le même ordre d'idées, les historiens nationalistes serbes ont présenté le Kosovo comme l'âge “de l'État serbe médiéval”, minimisant ou niant la présence historique des Albanais. C'est pour cette raison que les origines albanaises illyriennes, la continuation ilio-albanaise et leur autochtonie ont été interrogées au Kosovo. Une partie des auteurs serbes a soutenu le thème que les Albanais se sont installés au Kosovo seulement après l'occupation ottomane, principalement pendant les XVXVII siècles, une thèse qui n'a aucun soutien scientifique et des conflits avec le Corps des ressources historiques, archéologiques, linguistiques et documentaires qui témoignent de la présence précoce et de la poursuite des Albanais au Kosovo. Ces interprétations ont fait partie d'un turquoise historique visant à présenter le Kosovo comme un espace serbe historique et politiquement exclusif, contournant ainsi les développements historiques réels et la composition multiethnique de la région.


L'instrumentalisation du mythe du Kosovo n'est pas seulement restée au niveau historique. Après le Congrès de Berlin (1878), lors des guerres balkaniques (1912)1913), à l'époque du Royaume serbo-croatia-slovène et plus tard en Yougoslavie, il a été utilisé pour légitimer la conquête des territoires albanais, la colonisation du Kosovo, la réforme agraire, les expropriations et les politiques de discrimination contre les Albanais. Son triomphe politique a atteint le mythe avec le discours de Slobodan Milochev à Gazimestan le 28 juin 1989, lorsque le symbole de 1389 a été utilisé pour mobiliser le nationalisme serbe et justifier les politiques du régime envers le Kosovo.


Par conséquent, la bataille du Kosovo doit être traitée comme un événement historique important du Moyen-âge, mais pas comme la base des revendications politiques et territoriales de l'époque moderne. La différence entre le fait historique et le mythe politique demeure essentielle pour une interprétation objective de l'histoire du Kosovo et des relations entre l'Albanie et la Serbie.


Dans ce contexte, les institutions scientifiques, universitaires et culturelles du Kosovo et de l'Albanie doivent intensifier leur coopération en vue de l'étude, de la documentation et de la promotion de l'histoire albanaise, en appuyant la recherche basée sur les sources d'archives, la méthodologie contemporaine et les normes internationales de l'histoire. Ce n'est qu'à travers ce travail qu'elle pourra contribuer à l'illumination de la vérité historique et à l'opposition scientifique des interprétations idéologiques qui ont accompagné la question albanaise.

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